Ce vendredi, le Conseil d’État tient une audience qui pourrait bien faire date. Officiellement, il s’agit d’une simple révision d’un arrêt rendu en 2024 dans une affaire foncière opposant la Succession Mobutu à l’homme d’affaires indien Rahim Drolia. Officieusement, c’est l’indépendance même de la justice administrative congolaise qui se retrouve sur le banc des accusés.
La parcelle en question, située en face de l’Hôtel Karavia à Lubumbashi, avait été attribuée au Maréchal Mobutu Sese Seko par arrêté ministériel en 1989. Après des années de procédure, le Conseil d’État avait tranché en faveur de ses héritiers, confirmant leur droit de propriété. L’installation officielle, encadrée par des huissiers, avait eu lieu en avril 2024.
Mais à la stupéfaction générale, l’affaire a été réinscrite à l’audience du 28 novembre 2025. Une décision qui suscite l’incompréhension, tant l’arrêt de 2024 était présenté comme “définitif et inattaquable”. Pour les avocats de la Succession Mobutu, cette manœuvre n’est rien d’autre qu’une tentative de “coup d’État judiciaire”.
Depuis l’arrivée de Mme Brigitte Nsensele wa Nsensele à la tête du Conseil d’État, des voix internes s’élèvent pour dénoncer une dérive inquiétante. Plusieurs sources évoquent l’existence d’un réseau parallèle, accusé de manipuler l’agenda judiciaire et de “monnayer” des arrêts déjà rendus. Le cas de la Succession Mobutu ne serait que l’un des nombreux dossiers rouverts dans des conditions opaques.
Des accusations graves visent le cabinet de la Première Présidente, notamment son directeur de cabinet, M. Sibu, soupçonné de jouer un rôle central dans ces tractations.
Pour les avocats de BMPP Entreprise, partenaire de la Succession Mobutu, la situation est claire : “Nous assistons à une tentative de réécriture de la vérité judiciaire, orchestrée depuis les plus hautes sphères de l’appareil d’État.” Ils menacent de révéler publiquement l’identité de l’autorité impliquée si celle-ci ne se retire pas du dossier dans les jours à venir.
Des juristes indépendants s’inquiètent également de la multiplication de révisions suspectes, qui fragilisent la sécurité juridique et sapent la confiance dans les institutions. “Quand une juridiction suprême devient instable, c’est tout l’édifice républicain qui tremble”, alerte un ancien conseiller du Conseil supérieur de la magistrature.
Alors que le Président Félix Tshisekedi a fait de l’État de droit un pilier de son mandat, cette affaire met à nu les tensions entre discours réformateur et pratiques opaques. Des proches du pouvoir appellent à une enquête indépendante pour faire la lumière sur les pratiques internes du Conseil d’État.
L’audience de ce jour ne tranchera pas seulement un litige foncier. Elle dira si la justice congolaise est capable de se tenir debout face aux pressions, ou si elle cède aux logiques de réseaux et d’intérêts privés. Dans un pays où la justice a longtemps été perçue comme un instrument politique, le moment est venu de choisir entre la continuité des pratiques ou la rupture avec l’arbitraire.
MMN


