En affirmant qu’il ne peut prendre aucune décision sans consulter le Chef de l’État, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, ne se contente pas de réaffirmer sa fidélité politique. Il installe Félix Tshisekedi dans une posture institutionnellement délicate, où la frontière entre pouvoir présidentiel et direction partisane devient floue, voire juridiquement contestable.
Cette déclaration, faite dans le contexte de la pétition parlementaire visant Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, soulève une série d’interrogations sur la gouvernance interne de l’UDPS et sur le respect des principes constitutionnels qui encadrent la fonction présidentielle.
L’article 98 de la Constitution congolaise est sans ambiguïté : le président de la République ne peut cumuler son mandat avec la direction d’un parti politique. Cette disposition vise à garantir la neutralité de la fonction présidentielle et à éviter toute instrumentalisation partisane des institutions.
Or, en déclarant publiquement :
> « Je ne peux rien décider sans consulter le Chef de l’État »,
Kabuya installe une logique de subordination totale du parti à la présidence. Il transforme le président en stratège partisan, brouillant les repères entre autorité institutionnelle et commandement politique.
En précisant que seule la décision du président déterminera la position de l’UDPS sur la pétition visant Vital Kamerhe, Kabuya laisse entendre que si les députés du parti signent cette initiative, ce sera sur instruction directe de Tshisekedi. Cette mise en scène place le Chef de l’État dans une posture doublement risquée :
– Politique : il serait perçu comme l’instigateur d’une manœuvre contre un allié institutionnel, ce qui pourrait fracturer sa propre majorité.
– Constitutionnelle : il s’expose à une critique de cumul déguisé de fonctions, contraire à l’esprit de la Constitution.
La déclaration de Kabuya révèle une majorité présidentielle verrouillée, où les arbitrages ne sont plus le fruit de débats internes, mais d’instructions verticales. Cette centralisation du pouvoir affaiblit la vitalité démocratique du parti et transforme l’UDPS en instrument politique personnel. Elle interroge aussi la sincérité des engagements constitutionnels du Chef de l’État, qui s’était présenté comme garant de l’État de droit.
Ce n’est pas la posture du président qui est ici en cause, mais bien la formulation publique de son collaborateur, qui semble ignorer les exigences de neutralité attachées à la fonction présidentielle. En affirmant que toute décision du parti dépend du Chef de l’État, Kabuya expose inutilement Félix Tshisekedi à une lecture constitutionnellement problématique, et brouille les repères entre pouvoir institutionnel et stratégie partisane.
Dans un contexte de fragilité institutionnelle, de telles paroles méritent d’être interrogées, non pour incriminer, mais pour clarifier. Car si la loyauté est une vertu politique, elle ne doit jamais devenir un vecteur d’ambiguïté constitutionnelle. Il appartient aux responsables du parti de préserver la lisibilité des rôles, et de veiller à ce que la parole publique ne transforme l’autorité présidentielle en chef de parti déguisé.
La Rédaction


