La rentrée scolaire 2025–2026 s’est ouverte sur fond de bras de fer institutionnel. Tandis que plus de 29 millions d’élèves ont repris le chemin de l’école à travers la République démocratique du Congo, un arrêté signé par le gouverneur du Nord-Kivu, affilié à l’AFC/M23, vient troubler l’un des piliers de la politique éducative nationale : la gratuité de l’enseignement primaire public.
Daté du 30 août, le document impose aux parents d’élèves le paiement de frais scolaires allant de 9 000 à 45 000 FC par trimestre. Une mesure jugée illégale et inconstitutionnelle par Kinshasa, qui rappelle que la gratuité scolaire est consacrée par la Constitution et ne peut être suspendue, même dans les zones sous occupation rebelle.
> « La gratuité est un principe intangible, non négociable et irréversible », a martelé Raïssa Malu Dinanga, ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, lors d’un point presse tenu le 4 septembre.
Le gouvernement ne tergiverse pas : il exige le retrait pur et simple de l’arrêté. Pour Raïssa Malu, il est inconcevable d’imposer des frais à des familles déjà accablées par les affres de la guerre et la précarité.
> « On ne peut pas demander à des parents qui ont tout perdu de financer l’école. L’État continuera à payer les enseignants et les frais de fonctionnement, y compris dans les provinces éducationnelles Nord-Kivu 1 et 3 », a-t-elle assuré.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, est allé plus loin, dénonçant une tentative de sabotage institutionnel. Selon lui, les autorités de l’AFC/M23 n’ont ni compétence ni légitimité pour légiférer en matière éducative.
> « Ce n’est pas à une force d’occupation de définir la politique scolaire. La Constitution s’applique partout, et la gratuité est un acquis républicain », a-t-il déclaré.
Malgré les tensions, la rentrée scolaire s’est déroulée sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones sous contrôle rebelle. Le gouvernement mise sur les clubs scolaires et le Serment du citoyen pour renforcer l’éducation civique et la cohésion nationale.
> « L’école est un espace de reconstruction. Former des citoyens responsables, c’est aussi résister à la fragmentation du pays », a conclu Raïssa Malu.
Ce conflit autour de la gratuité scolaire révèle bien plus qu’un désaccord budgétaire : il cristallise une lutte pour la souveraineté, la légitimité et la mémoire républicaine. Kinshasa entend faire de l’école non seulement un droit, mais un rempart contre l’effritement de l’État.
Merveille Maleya


