La déclaration du ministre de l’Intérieur, Jacquemain SHABANI, a suscité une vive inquiétude quant à la capacité de l’État congolais de tenir ses engagements sociaux dans les régions en crise. Il a en effet confirmé la suspension de la gratuité de l’enseignement primaire dans les territoires sous le contrôle de l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), un groupe rebelle actif dans l’Est du pays.
Cette annonce, qui officialise une situation déjà connue des populations locales, met en lumière une réalité alarmante : « Malheureusement, nos enfants dans les territoires occupés ne bénéficient pas de la gratuité de l’enseignement », a-t-il précisé lors d’un point presse.
Instaurée en 2019, la gratuité de l’enseignement est une mesure phare du gouvernement visant à démocratiser l’accès à l’éducation pour tous les enfants congolais. Cependant, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où l’AFC/M23 fait la loi, les écoles publiques sont contraintes d’exiger des frais de scolarité. Faute de subventions de l’État, des milliers d’enfants se retrouvent privés de leur droit fondamental à l’éducation.
Les conséquences d’une déscolarisation massive
La suspension de la gratuité scolaire a des répercussions sociales et sécuritaires profondes.
1. Exclusion sociale accrue : Les familles les plus vulnérables, déjà éprouvées par les déplacements et l’insécurité, n’ont plus les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école.
2. Risque d’enrôlement et de travail forcé : Privés d’un cadre éducatif, de nombreux jeunes deviennent des cibles pour les groupes armés ou sont contraints de s’adonner à des activités informelles pour survivre.
3. Affaiblissement de la cohésion nationale : L’inégalité d’accès à l’éducation renforce un sentiment d’abandon et de marginalisation dans les zones non contrôlées par le gouvernement.
Cette situation révèle une défaillance institutionnelle majeure : l’incapacité de l’État à mettre en œuvre ses politiques sociales sur l’ensemble de son territoire. La question de l’universalité des droits dans un pays où certaines régions échappent au contrôle gouvernemental devient alors cruciale.
En fin de compte, l’éducation, bien plus qu’un simple droit, est ici un marqueur de souveraineté. Sa suspension dans l’Est de la RDC pose une question fondamentale sur la capacité de l’État congolais à protéger ses enfants, même en période de crise.
Merveille MALEYA


