Au Centre financier de Kinshasa, ce n’était pas une simple réunion technique. C’était une convocation au front budgétaire. Adolphe Muzito, Vice-Premier ministre en charge du Budget, a réuni les régies financières comme on convoque une armée avant l’assaut. Objectif : faire exploser le plafond. Passer de 9,9 à 13 milliards USD. Une ambition qui sonne comme un défi lancé au système fiscal congolais, à ses lenteurs, à ses failles, mais aussi à ses promesses.
Autour de la table, le ministre des Finances Doudou Fwamba et le vice-ministre du Budget Elysée Bokumwana. En toile de fond : le projet de loi de finances 2026. Et une question brûlante : le Congo peut-il se donner les moyens de ses ambitions sans trahir ses réalités ?
Les conférences budgétaires de juillet avaient timidement proposé 11 milliards. Le cadre budgétaire à moyen terme a osé 11,7. Muzito, lui, vise 13. Mais il exige au moins 12. Ce n’est plus une estimation, c’est une injonction. Les régies doivent intensifier la collecte, surmonter les contraintes, et prouver que l’État peut redevenir stratège.
Depuis septembre 2024, le gouvernement a réduit la TVA sur les biens de première nécessité. Un geste social fort, mais qui creuse un dilemme : comment financer l’ambition budgétaire tout en allégeant la pression fiscale sur les plus vulnérables ? La réponse se joue dans les marges, dans les réformes, et dans la capacité à élargir l’assiette sans étouffer l’économie.
Ce budget n’est pas qu’un tableau Excel. C’est une déclaration politique. Une tentative de rupture avec la gestion comptable, pour entrer dans une logique de transformation. Muzito ne veut pas gérer, il veut impulser. Et derrière les milliards, c’est une vision de l’État qui se dessine : un État qui ne subit plus, mais qui planifie, qui investit, qui protège.
Le projet de loi de finances 2026 sera le test ultime. Si les régies suivent, si les recettes tiennent, si les arbitrages sont stratégiques, alors le Congo pourrait entrer dans une nouvelle ère budgétaire. Sinon, les 13 milliards resteront une ambition suspendue, un rêve d’État encore en construction.
Merveille Maleya


