Analyse d’une crise qui révèle la métamorphose silencieuse du régime Tshisekedi
L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), longtemps perçue comme le bastion de la résistance populaire en RDC, est aujourd’hui confrontée à une crise qui dépasse les querelles internes. Ce n’est plus une simple lutte de leadership : c’est une recomposition du pouvoir, une marginalisation de la mémoire militante, et une dérive institutionnelle qui interroge la nature même du régime en place.
L’accession de Félix Tshisekedi à la présidence en 2019 fut saluée comme l’aboutissement d’un combat de 37 ans. Mais cette victoire historique semble avoir désarmé le parti. L’UDPS, au lieu de consolider ses structures, s’est effacée derrière la figure présidentielle. Le pouvoir, au lieu d’être partagé, s’est concentré. Et la base, longtemps moteur de la lutte, se retrouve reléguée à la périphérie du système.
Les récentes nominations gouvernementales ont accentué cette fracture. Les combattants historiques, ceux qui ont payé de leur liberté et parfois de leur vie, sont absents des postes clés. À leur place : des proches du Président, des membres de son Église, des figures de la diaspora, et surtout, des anciens du régime Kabila, habilement recyclés dans l’Union sacrée.
La crise de l’UDPS ne peut être dissociée de la gouvernance actuelle. Depuis 2019, Félix Tshisekedi a instauré un présidentialisme renforcé, court-circuitant le gouvernement et les instances du parti. L’article 91 de la Constitution, qui confie au gouvernement la conduite de la politique nationale, est devenu une fiction. Les décisions majeures — adhésion à l’EAC, négociations diplomatiques, nominations stratégiques — sont prises depuis le Palais, sans consultation préalable.
Ce mode de gouvernance, hérité des régimes Mobutu et Kabila, installe une verticalité du pouvoir qui marginalise les institutions et les partis. L’UDPS, censée incarner la rupture, devient le décor d’une continuité maquillée.
La fronde menée par Eteni Longondo et les 33 secrétaires nationaux contre Augustin Kabuya révèle un malaise profond. Les accusations de gestion solitaire, de clientélisme et d’absence de vision stratégique traduisent une perte de confiance. Mais cette dissidence, loin d’être structurée, semble contenue, voire instrumentalisée. Le Président reste silencieux, les appels à une cellule de crise sont ignorés, et les tensions internes deviennent un théâtre utile pour neutraliser toute revendication collective.
Pendant ce temps, la base gronde. Les militants dénoncent une trahison de la mémoire, une confiscation du pouvoir, et une redistribution des privilèges qui les exclut. La colère est palpable, et les manifestations se multiplient.
Ce que l’UDPS combattait hier s’est réinstallé aujourd’hui sous une autre forme. Les anciens barons du FCC, experts en survie politique, ont su se repositionner dans l’Union sacrée. Le pouvoir actuel fonctionne selon les mêmes logiques : centralisation, opacité, personnalisation. Le “Kabilisme sans Kabila” est devenu une réalité politique, où le parti présidentiel n’est plus qu’un label, vidé de sa substance.
La question n’est plus seulement celle de la gestion interne. Elle est celle de la survie politique. Si l’UDPS ne parvient pas à se réinventer, à restaurer sa mémoire militante, à redonner du sens à son engagement, elle risque de disparaître comme force politique autonome. Le parti est au sommet de l’État, mais ses enfants en sont les grands absents.
Dans moins de trois ans, Félix Tshisekedi devra rendre compte de son bilan. Et l’UDPS, si elle ne retrouve sa voix, pourrait n’être qu’un souvenir glorieux, enseveli sous les calculs d’un pouvoir devenu étranger à ses racines.
La Transparence


