Floribert Anzuluni, l’homme qui revient par la grande porte

Floribert Anzuluni, l’homme qui revient par la grande porte

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Il fut la voix qu’on voulait faire taire. L’activiste qu’on exilait pour mieux l’oublier. Le visage d’une jeunesse qui disait non — non à la prédation, non à la résignation. Ce matin, Floribert Anzuluni Isiloketshi est devenu ministre. Ministre de l’Intégration régionale, dans le gouvernement Suminwa II. À 42 ans, l’ancien dissident entre dans l’État par la porte qu’il avait longtemps refusée : celle du pouvoir.

Mais ce n’est pas une reddition. C’est un pari.

Né à Kinshasa en 1983, Anzuluni quitte le pays à huit ans, emporté par les turbulences du Zaïre finissant. Il grandit en Belgique, étudie les sciences politiques à Montréal, mais garde le Congo en ligne de mire. Son retour, en 2010, n’est pas celui d’un repenti. C’est celui d’un stratège.

Il s’illustre au Forum national de la jeunesse, participe au sommet des Young African Leaders lancé par Barack Obama, puis fonde Filimbi en 2015 — ce mouvement qui deviendra le cauchemar du régime Kabila. La répression est brutale. L’exil, inévitable. Mais depuis l’étranger, il continue à frapper : création du Front citoyen, plaidoyers internationaux, alliances tactiques.

En 2020, il rentre. Et il ne revient pas les mains vides.

Anzuluni n’est pas qu’un militant. Il est aussi un analyste. Il fonde NYFALM & Associés, un cabinet d’intelligence économique, et devient conseiller pour The Sentry, une organisation américaine qui traque la corruption dans les systèmes de pouvoir. Il parle chiffres, mais il parle aussi mémoire. Il parle stratégie, mais il parle aussi dignité.

En 2023, il se lance dans la présidentielle. Cinquième au classement, mais premier dans les esprits. Sa campagne, participative et rigoureuse, s’appuie sur les consultations “Congo Tolingi” — une tentative inédite de faire remonter la voix du peuple dans l’arène politique. Il ne gagne pas, mais il imprime.

Sa nomination est un séisme doux. Elle dérange. Elle intrigue. Elle divise.
Les uns y voient l’entrée de l’éthique dans l’État. Les autres, une compromission en devenir.
Mais Anzuluni, fidèle à sa ligne, promet de ne pas céder. “Intégrité et efficacité”, dit-il. Deux mots qui sonnent comme un serment.

Le ministère de l’Intégration régionale n’est pas le plus flamboyant. Mais c’est un poste stratégique, à l’heure où la RDC cherche à redéfinir ses alliances régionales. Et c’est peut-être là, dans les marges du pouvoir, que l’ancien activiste pourra faire bouger les lignes.

Peut-on transformer le système de l’intérieur sans se perdre ?
Floribert Anzuluni veut croire que oui.
L’histoire, elle, attend de voir.

Merveille Maleya

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