Ce n’est ni un sommet, ni une conférence internationale. Et pourtant, ce mercredi à Montevideo, l’air avait quelque chose de fondateur. La République démocratique du Congo, par la voix de sa ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner, a posé un geste diplomatique inattendu : une lettre présidentielle remise en main propre à Yamandú Orsi, chef d’État uruguayen, scellant l’entrée de Kinshasa dans un dialogue bilatéral inédit avec l’Amérique latine.
Loin des axes traditionnels Nord-Sud, la RDC s’invite dans un espace géopolitique souvent négligé par les capitales africaines : le cône sud du continent américain. Ce déplacement n’est pas anecdotique. Il s’inscrit dans une stratégie de repositionnement international, où la RDC ne cherche plus à être courtisée, mais à courtiser. À travers cette lettre, Félix Tshisekedi ne tend pas simplement la main : il redéfinit les contours d’une diplomatie proactive, affranchie des automatismes postcoloniaux.
Yamandú Orsi, dans une déclaration sobre mais chargée de symboles, a salué cette initiative comme « historique ». Le mot n’est pas galvaudé : jamais auparavant les deux pays n’avaient formalisé une telle ambition commune.
La rencontre a débouché sur la signature de quatre accords bilatéraux, chacun porteur d’un récit politique :
– Le pacte diplomatique, signé avec Mario Lubetkin, vise à instaurer une plateforme de dialogue institutionnel régulier. Ce n’est pas un simple cadre technique, mais une volonté de co-construction.
– L’accord de défense, paraphé avec Sandra Lazo, ouvre la voie à des échanges sécuritaires entre deux nations aux réalités militaires contrastées, mais aux vulnérabilités partagées.
– Le protocole culturel, signé avec Gabriela Verde, engage les deux pays dans une circulation des imaginaires, des savoirs et des patrimoines.
– Un quatrième accord économique, encore en gestation, pourrait porter sur l’agro-industrie, les biotechnologies et la formation professionnelle.
Ce geste diplomatique n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tournée régionale qui mènera la délégation congolaise en Argentine et au Brésil. Mais au-delà des escales, c’est une philosophie qui se dessine : celle d’une diplomatie du Sud qui ne se contente plus de dénoncer les asymétries, mais qui invente ses propres géométries.
La RDC, en rejoignant récemment l’Organisation des États d’Amérique latine et des Caraïbes (OEALC) comme observateur, affirme une posture nouvelle : celle d’un État africain qui parle biodiversité, justice climatique, souveraineté technologique et diplomatie citoyenne avec ses homologues latino-américains.
Ce n’est pas un simple déplacement ministériel. C’est une déclaration d’intention. Une manière pour Kinshasa de dire au monde : « Nous ne sommes pas périphériques. Nous sommes pluriels. Et nous avons des choses à dire. »
Merveille Maleya


