RDC–Le procès Mutamba ou l’art de juger sans fondations

RDC–Le procès Mutamba ou l’art de juger sans fondations

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19 millions de dollars. Une prison à Kisangani. Un contrat signé. Et un ministre sur le banc des accusés. Mais à mesure que le procès avance, une autre vérité se dessine : celle d’un État qui confond soupçon et preuve, légalité et légitimité.

Le parquet accuse Constant Mutamba d’avoir détourné les fonds destinés à la construction d’une prison centrale. Pourtant, les témoignages s’accumulent : le site est identifié, les visites ont eu lieu, les documents sont là. Le projet est réel. Alors pourquoi ce procès ?

Parce que le contrat a été attribué de gré à gré. Parce que Zion Construct SARL, bien qu’enregistrée, n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres. Parce que la procédure dérange plus que le projet lui-même.

Le chef de division provinciale de la Justice à la Tshopo confirme : le site est situé à 11 km de Kisangani, et deux délégations officielles l’ont visité. Le DG du GUCE atteste de la légalité de l’entreprise. Et le professeur Amisi Herady rappelle que la légalité ne garantit pas la compétence, mais elle exclut la fiction.

Rose Mutombo, ancienne ministre de la Justice, a elle aussi lancé un projet carcéral à Saké, sans financement public. Elle a opté pour un partenariat public-privé, validé en Conseil des ministres. Pourquoi ce qui est toléré à Saké devient condamnable à Kisangani ?

La défense dénonce une levée d’immunité précipitée, une instruction bâclée, et une volonté politique de nuire. Le Parlement est accusé de complaisance. Le gouvernement, de silence. Et la justice, d’incohérence.

Ce procès révèle une architecture institutionnelle instable : des décisions sans mémoire, des accusations sans preuves, et une démocratie qui construit des prisons avant de bâtir la confiance.

Le procès Mutamba n’est pas un simple litige budgétaire. C’est un révélateur. D’un État qui veut punir avant de prouver. D’une justice qui s’érige en spectacle. Et d’un pouvoir qui préfère l’ombre des soupçons à la lumière des faits.

La prochaine audience, prévue le 13 août, ne dira peut-être pas si Mutamba est coupable. Mais elle dira beaucoup sur ce que la République est prête à sacrifier pour sauver les apparences.

Merveille Maleya

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