À mesure que les crises politiques se succèdent en République démocratique du Congo, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) s’impose comme un interlocuteur clé, souvent salué pour sa posture éthique et sa capacité à apaiser les tensions. Mais derrière cette aura de sagesse, des pratiques moins visibles soulèvent de sérieuses interrogations sur la gouvernance interne, la cohérence morale et la transparence de l’Église catholique congolaise.
L’ambiguïté d’un rôle moral devenu acteur politique
La CENCO affirme son impartialité dans les débats nationaux, notamment lors des périodes électorales. Or, son implication croissante — parfois perçue comme interventionniste — brouille la frontière entre médiation et influence politique. L’Église publie des observations électorales, organise des marches citoyennes, mais semble parfois choisir ses cibles en fonction du climat politique. Cette orientation stratégique, bien que subtile, ébranle l’image d’un arbitre transcendant les clivages.
Une infrastructure sociale impressionnante… mais opaque
De par son réseau d’écoles, d’hôpitaux, de radios et de terres, l’Église constitue l’un des acteurs privés les plus puissants du pays. Pourtant, la gestion financière de ces entités reste largement hors du champ d’examen public. Ni audits indépendants réguliers, ni publication de bilans accessibles. Alors que la CENCO appelle à la bonne gouvernance dans la sphère publique, sa propre administration échappe aux exigences qu’elle prescrit aux autres.
Gestion des abus : Un traitement institutionnel contesté
Les scandales impliquant des membres du clergé congolais — allant d’abus sexuels à des malversations — ne font que rarement l’objet de procédures judiciaires. Ils sont souvent traités en interne, via des mutations discrètes ou des silences prolongés. Ce choix systémique, motivé par la préservation de l’image ecclésiale, s’inscrit en contradiction directe avec les principes de vérité, de justice et de protection des plus vulnérables.
Résistance aux réformes: Une institution figée dans son dogme
Alors que la société congolaise évolue, la structure interne de la CENCO reste quasiment inchangée. Gouvernance exclusivement masculine, absence de mécanismes électifs transparents, manque de représentation laïque : l’Église semble hermétique aux revendications de modernisation. Ce décalage s’aggrave avec l’omission des débats contemporains comme l’éducation sexuelle ou la santé reproductive, pourtant cruciaux dans un pays confronté à des défis sanitaires majeurs.
Une moralité sélective selon les alliances du moment
Enfin, la parole morale de la CENCO semble s’adapter aux configurations politiques. Des dénonciations virulentes contre certains dirigeants contrastent avec des silences stratégiques face à des alliés de circonstance. Cette approche contingente brouille la crédibilité de son discours éthique, et alimente le soupçon d’une indignation à géométrie variable.
Qui surveille les surveillants?
La CENCO représente une force d’équilibre essentielle dans le paysage congolais. Mais pour continuer à incarner cette conscience nationale, elle doit elle-même se soumettre aux exigences qu’elle formule pour le reste de la société : transparence, responsabilité, réforme. L’autorité morale ne peut survivre sans examen critique. Et c’est ce devoir de lucidité que cette enquête tente, modestement, d’initier.
MMN


