Le procès qui s’ouvre contre Constant Mutamba, ministre d’État chargé de la Justice, aurait dû incarner un tournant historique pour la République démocratique du Congo. Pourtant, à l’aube de cette audience très attendue, c’est davantage une confirmation amère qui se dessine : celle d’un système judiciaire à la dérive, complice d’un pillage organisé des fonds destinés aux victimes de la guerre.
Le Fonds de réparation pour les victimes des actes de l’Ouganda (FRIVAO) devait être la pierre angulaire de la justice réparatrice en RDC. Fruit d’une condamnation internationale, il visait à indemniser les orphelins, veuves et déplacés des conflits meurtriers. Mais au lieu d’apporter justice et soulagement, ce fonds est devenu le théâtre d’un détournement massif et systématique.
Dès les premiers jours, les mécanismes légaux ont été contournés. Rose Mutombo Kiese, alors ministre de la Justice, a délibérément ignoré les règles en évitant le passage obligatoire des fonds par le Trésor public. Sous son mandat, les indemnités ont été siphonnées via des comptes opaques, validés par un inspecteur général des finances, Jules Alingete, censé garantir la transparence. Cette complicité manifeste a ouvert la voie à une prédation institutionnalisée.
La succession de Mutombo par Constant Mutamba n’a rien changé, elle a institutionnalisé le système. Deux virements de 2,64 millions de dollars ont été effectués sans aucune traçabilité, tandis que les 66,6 millions de dollars destinés aux victimes principales demeurent introuvables. Le scandale atteint son paroxysme avec la tentative frauduleuse d’attribuer un marché public de 19 millions de dollars à Zion Construction, une société fantôme créée en un mois, sans expérience ni adresse réelle.
Cette opération, qualifiée de « Madoff made in Kinshasa » par le secrétaire exécutif de la CENAREF, a été heureusement bloquée. Mais elle révèle l’ampleur d’un système où l’État lui-même est instrumentalisé pour détourner l’argent public au profit d’une élite corrompue.
Face à cette débâcle, le procureur général Firmin Mvonde a saisi le Parlement, qui, sous la présidence de Vital Kamerhe, a enfin donné son feu vert pour poursuivre Mutamba. Ce réveil tardif souligne surtout le manque abyssal de contrôle parlementaire sur la gestion des fonds souverains, une faille structurelle qui facilite l’impunité.
Dans l’ombre, Nicolas Kazadi, ex-ministre des Finances, apparaît comme le dernier rempart éthique. Ayant refusé de cautionner les circuits parallèles, il a été évincé politiquement, victime collatérale d’un système qui broie les lanceurs d’alerte.
Le procès Mutamba ne peut être réduit à une sanction individuelle. Il est le révélateur d’une chaîne de complicités qui implique Rose Mutombo, Jules Alingete, Willy Musheni, Ange Inamahoro, et bien d’autres. Ce n’est pas une simple faute administrative, mais une profanation nationale : détourner l’argent des morts, c’est trahir la mémoire et la dignité des victimes.
Si la justice congolaise échoue à tirer les leçons de ce scandale, ce procès ne sera qu’un spectacle de plus, orchestré par ceux-là mêmes qui ont écrit le scénario de la prédation. La République doit choisir : continuer à masquer ses failles ou s’engager résolument sur la voie de la transparence et de la responsabilité collective.
Ce dossier FRIVAO est un miroir tendu à la justice congolaise. Sa capacité à affronter cette crise déterminera si elle est capable de se réformer ou si elle restera complice silencieuse d’un système où les puissants détournent l’argent des plus vulnérables.
Merveille Maleya


