La confrontation entre Constant Mutamba, ministre de la Justice, et Firmin Mvonde, procureur général près la Cour de cassation, marque une nouvelle fracture au sein de l’appareil judiciaire congolais. Derrière les accusations de partialité, les soupçons de détournement de fonds et la précipitation procédurale, c’est tout le système judiciaire qui se retrouve sous les projecteurs, révélant des failles institutionnelles profondes.
Mutamba a pris la décision rare de récuser Mvonde ainsi que l’ensemble des magistrats sous son autorité, invoquant une inimitié manifeste et un intérêt personnel dans les poursuites le visant. Au centre de cette crise, le projet de construction de la prison de Kisangani, sujet de vives accusations de détournement de fonds publics.
Le ministre défend la transparence du dossier, affirmant que la passation de marché s’est déroulée selon les règles établies et que les fonds publics sont restés bloqués par la CENAREF, sans être dépensés. Il rejette également les allégations sur la société Zion Construct, qu’il présente comme une entreprise légalement enregistrée et ayant répondu aux convocations judiciaires.
Au-delà des accusations financières, Mutamba fustige la rapidité anormale avec laquelle Mvonde a sollicité une autorisation de poursuite à l’Assemblée nationale. Il estime que cette manœuvre, intervenue avant même la clôture de l’instruction, démontre une volonté de l’écarter de la sphère politique plutôt que de servir la justice.
Par ailleurs, il accuse directement le procureur d’avoir entravé une enquête judiciaire à son sujet sur un achat immobilier à Bruxelles, tout en mettant en place un dispositif de vengeance. Ces accusations mettent en lumière un affrontement qui dépasse le simple cadre juridique, laissant entrevoir une instrumentalisation politique des mécanismes judiciaires.
L’affaire Mutamba-Mvonde illustre un problème récurrent en RDC : la fragilité de l’indépendance du pouvoir judiciaire et son imbrication avec des luttes d’influence. Les récentes affaires judiciaires impliquant des figures de l’exécutif ont renforcé les soupçons de justice à géométrie variable, où les enquêtes semblent parfois orientées selon des impératifs politiques.
La décision de l’Assemblée nationale sur la levée de l’immunité du ministre sera déterminante. Elle pourrait acter une nouvelle étape dans l’affrontement politique ou, à l’inverse, entériner la crédibilité des poursuites. Dans tous les cas, ce dossier est bien plus qu’un simple différend judiciaire : il incarne les tensions latentes qui minent la gouvernance et l’équilibre institutionnelle en RDC.
Merveille Maleya


