Kabila face à ses propres ruines

Kabila face à ses propres ruines

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Six ans après son départ du pouvoir, Joseph Kabila réapparaît sur la scène politique avec un discours qui ne vise ni à éclairer ni à assumer un quelconque bilan. Son intervention, loin d’être une réflexion sur l’avenir du pays, s’impose comme une démonstration d’égocentrisme où l’histoire est réécrite à son avantage. Il ne revient pas pour la République démocratique du Congo, mais pour lui-même.

Dès ses premiers mots, Kabila impose une vision monarchique du pouvoir. Il n’a pas « quitté » la présidence, il en a « pris congé », comme s’il s’agissait d’un trône temporairement laissé vacant. Cette rhétorique révèle une conception patrimoniale du pouvoir, où l’État est perçu comme une propriété privée plutôt qu’une institution démocratique.

Son discours ne contient aucune remise en question, aucun mea culpa sur les années de prédation et de paralysie qu’il a infligées au pays. Il se présente comme un leader incompris, victime d’un système qu’il a lui-même façonné. Cette posture narcissique occulte les réalités d’un règne marqué par la répression, la corruption et l’effondrement des structures étatiques.

Pendant ses 18 ans au pouvoir, Kabila a supervisé l’un des pillages économiques les plus systématiques de l’histoire du pays. Sous son règne, la Gécamines, fleuron minier du Congo, a été vidée de ses richesses au profit d’un cercle restreint. La SNEL et la REGIDESO, piliers des services publics, ont été abandonnées, privant des millions de Congolais d’électricité et d’eau potable.

Loin de mettre en place une politique économique durable, Kabila a transformé l’État en une machine à enrichir une élite proche du pouvoir. La corruption s’est institutionnalisée, les infrastructures ont été laissées à l’abandon, et l’endettement du pays a explosé. Aujourd’hui, il critique la gestion actuelle sans jamais évoquer le chaos économique qu’il a lui-même engendré.

Dans son discours, Kabila fustige l’état actuel des Forces armées de la RDC (FARDC), dénonçant leur manque de cohésion et leur incapacité à défendre le pays. Or, c’est sous son règne que l’armée a été infiltrée, affaiblie et transformée en un outil de contrôle politique. Plutôt que de renforcer la défense nationale, il a laissé prospérer une armée gangrenée par des allégeances douteuses, où la loyauté au régime primait sur la protection des citoyens.

Cette instrumentalisation a eu des conséquences dramatiques : des territoires livrés aux milices, des opérations militaires sabotées de l’intérieur, et une incapacité chronique à restaurer l’autorité de l’État. Aujourd’hui, il se présente comme un défenseur des soldats, oubliant qu’il a lui-même contribué à leur déclin.

Dans une ironie politique saisissante, Kabila dénonce une « dérive autoritaire » et une « concentration excessive du pouvoir » sous le régime actuel. Pourtant, son propre règne a été marqué par une répression systématique des opposants, une instrumentalisation de la justice et une neutralisation des institutions démocratiques.

Les manifestations étaient violemment réprimées, les médias indépendants muselés, et les figures de l’opposition traquées. Des arrestations arbitraires, des procès truqués et des disparitions forcées ont marqué son règne, instaurant un climat de peur et de soumission. La démocratie n’était qu’une façade derrière laquelle se cachait un pouvoir absolu, insensible aux revendications populaires et imperméable à toute remise en question.

Aujourd’hui, il tente de se positionner comme un défenseur des libertés et un garant de l’État de droit, alors qu’il a lui-même bâti un système où la dictature était institutionnalisée. Ce retournement de discours n’est pas une prise de conscience, mais une stratégie politique visant à restaurer son influence.

Joseph Kabila ne revient pas pour débattre ni pour apporter des solutions. Il revient pour exister politiquement, réactiver des réseaux d’influence et tester les lignes de fracture du pays afin de se repositionner. Son discours est un exercice de présence, pas d’engagement. Derrière le vernis du patriotisme affiché, c’est une dynamique opportuniste qui se profile.

La RDC mérite un débat politique lucide, pas une résurgence d’ambitions personnelles camouflées sous un simulacre de refondation nationale. Joseph Kabila revient, mais pas pour la République : il revient pour lui-même. La vigilance s’impose.

Merveille Maleya

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