L’affaire Bukanga Lonzo rebondit une nouvelle fois devant la justice congolaise. Ce mercredi, la Cour constitutionnelle a annoncé qu’elle jugerait par défaut l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, ainsi que deux autres prévenus absents à l’audience : l’homme d’affaires sud-africain Christophe Grobler et l’ancien gouverneur de la Banque centrale Déogratias Mutombo.
La Cour a motivé sa décision en affirmant que les raisons de maladie avancées par Christophe Grobler ne sont pas recevables en l’absence d’un certificat signé par trois médecins. Quant à Matata Ponyo, la Cour a déclaré qu’aucune décision formelle de l’Assemblée nationale ne soutient son recours aux immunités parlementaires pour éviter le procès. Elle rappelle que l’indépendance du pouvoir judiciaire est consacrée par l’article 151 de la Constitution et que l’Assemblée nationale ne peut interférer dans une procédure en cours.
Le député et président du parti LGD, Matata Ponyo, avait dénoncé la régularité du procès lors d’une plénière à l’Assemblée nationale le 17 avril, affirmant que ses droits constitutionnels avaient été bafoués. Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, avait alors demandé à la Cour d’envoyer une requête officielle pour obtenir la levée des immunités du parlementaire, afin de régulariser la procédure.
Accusé de détournement de fonds destinés au projet agro-industriel de Bukanga Lonzo ainsi qu’à l’indemnisation des anciens propriétaires des biens zairianisés, Matata Ponyo voit son dossier naviguer depuis plusieurs années entre les instances judiciaires. En novembre 2021, la Cour constitutionnelle s’était déclarée incompétente à juger un ancien Premier ministre, renvoyant l’affaire vers la Cour de cassation, qui avait à son tour renvoyé le dossier devant la Cour constitutionnelle.
Alors que l’indépendance du pouvoir judiciaire et la séparation des pouvoirs sont invoquées, ce procès illustre une fois de plus les tensions institutionnelles autour de la gestion des fonds publics et la responsabilité des anciens dirigeants. Reste à savoir si cette nouvelle étape judiciaire permettra de mettre un terme à une saga qui ne cesse de rebondir.
MM


