L’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC) a officiellement exprimé son opposition aux poursuites judiciaires visant Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre et actuel député. Dans un document adressé à la Cour constitutionnelle, la chambre basse justifie ce refus par le respect des immunités parlementaires et des procédures internes. Mais cette posture soulève de nombreuses interrogations sur la volonté réelle des élus de lutter contre la corruption dans le pays.
Matata Ponyo est accusé de malversations liées au projet agro-industriel de Bukanga Lonzo, une affaire emblématique qui cristallise les débats sur la transparence et la responsabilité des dirigeants congolais. Pourtant, l’Assemblée nationale refuse de lever son immunité, invoquant des « violations des dispositions constitutionnelles » dans la procédure engagée contre lui.
Cette décision intervient dans un contexte où l’Assemblée nationale est régulièrement critiquée pour son opacité et son manque de rigueur dans la gestion de ses propres affaires. Plusieurs rapports indépendants pointent du doigt une institution souvent perçue comme un simple relais du pouvoir exécutif, plus soucieuse de protéger ses membres que de défendre l’intérêt général.
En bloquant les poursuites contre Matata Ponyo, l’Assemblée nationale envoie un signal ambigu à l’opinion publique, déjà sceptique face à la lutte anticorruption menée dans le pays. Cette posture peut être interprétée comme une volonté de préserver les privilèges des élus au détriment de la justice et de la transparence.
Les défenseurs de la bonne gouvernance rappellent que l’immunité parlementaire ne doit pas servir d’écran pour échapper à toute forme de contrôle judiciaire, surtout dans un pays où la corruption reste un fléau majeur. Le débat reste ouvert sur la nécessité d’un équilibre entre protection des élus et responsabilité devant la loi.
Alors que la RDC s’efforce de renforcer ses institutions démocratiques, cette affaire risque d’accentuer le fossé entre les citoyens et leurs représentants. L’Assemblée nationale, en refusant de se conformer aux demandes de la justice, pourrait bien miner la crédibilité de l’ensemble du système politique.
Dans un pays où la transparence et la reddition de comptes sont plus que jamais attendues, la protection accordée à Matata Ponyo Mapon illustre les défis persistants auxquels la RDC est confrontée pour construire un État de droit solide et respecté.

Merveille Maleya


