L’arrivée de Joseph Kabila à Goma ce 18 avril 2025 n’est pas un simple retour d’un ex-président. Elle intervient dans un contexte qui soulève davantage de questions. Déjà, tout le monde sait que cette partie du pays est occupée par le Rwanda et ses supplétifs du M23. C’est pourtant par le Rwanda que Joseph Kabila est passé pour arriver à Goma. Ce qui revient à dire que l’ancien président de la République démocratique du Congo, celui-là même qui a combattu le M23 jusqu’à le défaire, est aujourd’hui en odeur de sainteté avec lui en opposition avec le pouvoir de Kinshasa. L’information livrée par nos confères de RFI a retenti comme un séisme dans les oreilles des Congolais. Ainsi, l’annonce faite par Olivier Kamitatu n’était pas un coup de bluff.
A présent, la question qui s’impose est de savoir quel rôle s’apprête à jouer Kabila. Le fait pour lui de choisir d’être de mèche avec le M23 qu’il présente pince-sans-rire comme un mouvement ayant des revendications légitimes laisse entendre que l’homme planifie son retour sur la scène politique congolaise aux moyens des armes. Hier rebelle, aujourd’hui rebelle. Rien de nouveau sous le soleil.
Alors que ses partisans répétaient à tue-tête que Joseph Kabila est le père de la démocratie, étant donné qu’il avait réussi à organiser les élections en 2006, 2011 et 2018, ils sont à présent confus et ne savent plus désormais sur quel pied danser. Comment dire d’un homme qui prend les armes pour reconquérir le pouvoir qu’il est « père de la démocratie » ? Ceci est d’autant difficile à justifier que la loi sur les anciens chefs d’Etat recommande un comportement opposé à celui affiché par Joseph Kabila. En son article 5, elle dispose que « l’obligation de patriotisme et de loyauté envers l’Etat implique une disponibilité permanente à faire montre d’une fidélité sans faille envers la Nation, le peuple congolais et les institutions de l’Etat ». En se ralliant aux forces qui menacent à la fois la Nation congolaise, le peuple congolais et les institutions de l’Etat, Joseph Kabila s’est rendu coupable de haute trahison.
Au sein de l’opinion, le malaise provoqué par le comportement de Joseph Kabila ces derniers jours est palpable. Quand on sait que la guerre menée par le Rwanda via le M23 a fait plus de dix mille morts à Goma et plus de quatre mille à Bukavu, sans compter les personnes innocentes décédées lors des affrontements dans d’autres agglomérations du pays, difficile de comprendre et de soutenir la démarche de l’ex président congolais. De plus en plus, les gens se demandent si les précédents conflits entre la RDC et le M23 et dont la finalité apparente était une défaite de ce dernier, n’était que de la poudre aux yeux des Congolais. Une histoire ficelée de toutes pièces et savamment orchestrée pour des fins non avouées.
En effet, comment comprendre que Joseph Kabila qui était resté de marbre pendant très longtemps ait choisi de rompre le silence seulement au moment où ont commencé à tomber les premières sanctions contre le Rwanda du fait de sa participation directe à la déstabilisation de l’Est de la RDC ? Pire, dans ses sorties médiatiques, Joseph Kabila a, non seulement légitimé les actions du M23, mais aussi demandé aux pays amis à la RDC, notamment l’Afrique du Sud, de ne pas aider le pouvoir de Kinshasa par l’envoi des troupes.
Félix Tshisekedi avait vu venir le coup et l’avait anticipé. Au cours d’un échange avec les journalistes, il avait révélé que Joseph Kabila était le parrain de l’AFC. Les Congolais avaient reçu cette annonce avec scepticisme. Le Président de la République a, par la suite, obtenu des résultats probants à travers la diplomatie. La communauté internationale a sanctionné le Rwanda et continue de mettre la pression sur lui pour qu’il cesse tout soutien en direction du M23 et qu’il retire ses troupes du territoire congolais. Bien plus, Félix Tshisekedi a proposé et obtenu un partenariat avec les Etats-Unis, prévoyant l’exploitation des ressources minières congolaises avec, entre autres, en contrepartie, l’appui des Etats-Unis pour pacifier et stabiliser la partie Est de la RDC.
A présent, les regards sont tournés vers Kinshasa. Quelle suite sera réservée à la démarche de l’honorable Eliezer Ntambwe de la proposition de modification de la loi sur les anciens chefs d’Etat ? Le Gouvernement de Kinshasa va-t-il retirer l’agrément octroyer au PPRD ou suspendre ses activités ? La justice congolaise va-t-elle ouvrir un procès contre Joseph Kabila comme cela a été le cas pour Corneille Nangaa et consort ? Félix Tshisekedi sera-t-il plus favorable à dialoguer avec Joseph Kabila ?
Wait and see.
JBK


