La finance est-elle devenue le nouveau champ de bataille ? Alors que les tensions militaires restent vives dans l’est de la République démocratique du Congo, un nouvel affrontement se dessine, cette fois sur le terrain économique. Le groupe armé M23/AFC a annoncé en grande pompe la réouverture de la Caisse Générale d’Épargne du Congo (CADECO) dans les zones qu’il contrôle, une initiative immédiatement dénoncée par Kinshasa comme étant une « pure arnaque ».
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, ne cache pas son indignation face à cette manœuvre financière qu’il qualifie de frauduleuse et dangereuse pour l’intégrité du système bancaire national.
_ »Nous appelons nos populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à la vigilance et les encourageons à utiliser des moyens électroniques pour leurs transactions. Cette réouverture de la CADECO par le M23 est une arnaque »_ , a-t-il déclaré lors d’un dîner avec les patrons de presse et des grands reporters, le 9 avril 2025, à Kinshasa, sous l’égide de l’ONGD l’Araignée.
La direction générale de la CADECO ne mâche pas ses mots non plus. Dans une note officielle publiée le 5 avril, elle condamne fermement cette prétendue reprise des activités bancaires, estimant qu’elle constitue une grave violation des règles financières et met directement en péril les comptes des clients.
_ »L’occupation de ces zones par des forces illégales met en danger l’économie locale et la stabilité financière du pays. Nous refusons de céder aux pressions exercées par des groupes armés qui cherchent à s’immiscer dans la gestion des fonds de nos clients »_, insiste le communiqué.
De son côté, le M23/AFC tente de justifier cette initiative comme un **moyen de stabiliser l’économie des territoires sous son contrôle**. Corneille Nangaa, coordonnateur du mouvement, affirme que la CADECO y jouera désormais le rôle de Banque centrale, garantissant une circulation monétaire indépendante de Kinshasa.
Une déclaration qui soulève des inquiétudes majeures : cette réouverture n’est-elle qu’une tentative déguisée d’instaurer un système financier parallèle, coupé du gouvernement congolais ? Cette prise de contrôle de la CADECO représente-t-elle un coup dur pour la souveraineté économique du pays ?
Alors que les rebelles du M23/AFC tentent d’imposer leur autorité sur le plan économique, la question d’un détachement progressif des institutions financières nationales se pose. Les risques d’instabilité bancaire sont bien réels, avec des répercussions potentielles sur la confiance des citoyens et des investisseurs.
Cette situation, déjà dénoncée par la communauté internationale, marque une **nouvelle étape** dans le bras de fer entre Kinshasa et les groupes armés. La finance deviendra-t-elle une arme stratégique dans ce conflit?
Merveille Maleya


