Dans un discours marquant, Corneille Nangaa a dénoncé ce qu’il considère comme une punition économique infligée aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par le régime de Kinshasa. Selon lui, la fermeture des banques et la crise de liquidité ne seraient pas de simples conséquences administratives, mais une stratégie politique délibérée pour affaiblir les populations de l’Est.
À première vue, la gravité des accusations semble justifier l’indignation. Les citoyens privés d’accès à leurs économies, les entreprises contraintes de suspendre leurs activités, et une région entière prise au piège d’une crise financière. Mais derrière cette rhétorique alarmiste, que révèle vraiment la situation ?
Nangaa n’est pas un novice en politique. Ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), il est aujourd’hui une figure clé de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire accusé de collaborer avec le groupe rebelle M23. Ces liens troublants soulèvent une question essentielle : peut-on considérer son discours comme une simple dénonciation, ou cache-t-il des intentions stratégiques ?
Sa posture de défenseur des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu intervient dans un contexte où l’AFC cherche à asseoir son influence sur l’Est du pays. Sa proximité avec des groupes armés et son implication présumée dans des opérations déstabilisatrices mettent en doute la sincérité de son combat pour les droits des citoyens.
Personne ne peut nier les difficultés financières qui frappent ces provinces. La fermeture des banques et la désorganisation des flux monétaires plongent les habitants dans l’incertitude et favorisent le recours à des moyens informels pour accéder à l’argent. Cependant, présenter cet état de fait comme une sanction ciblée du pouvoir central revient à omettre des facteurs clés.
La RDC est engluée dans un conflit où chaque camp cherche à utiliser l’économie comme une arme de guerre. Les territoires sous influence des groupes armés subissent des perturbations majeures qui ne relèvent pas uniquement des décisions gouvernementales, mais aussi des dynamiques de contrôle territorial et des affrontements qui compromettent la stabilité financière.
Face aux accusations de « crime contre l’humanité », la communauté internationale reste étonnamment silencieuse. Pourquoi ? Parce que la situation est plus complexe qu’un simple acte de répression économique. Les responsabilités sont multiples, et la politisation de la détresse des populations empêche une lecture nuancée des faits.
Accuser Kinshasa est une chose. Mais ignorer les mécanismes qui alimentent cette crise en est une autre. Si la population de l’Est souffre, c’est avant tout parce qu’elle est prise en otage dans une guerre d’influence où chaque acteur, du gouvernement aux mouvements rebelles, cherche à imposer son propre agenda.
Le discours de Nangaa, bien qu’incendiaire, ne doit pas être accepté sans discernement. Il soulève des questions légitimes sur la gestion économique du pays, mais s’inscrit aussi dans une stratégie où les faits sont manipulés pour servir des intérêts politiques.
L’Est du Congo n’a pas besoin de plus de déclarations enflammées. Il a besoin de solutions, d’un engagement réel pour restaurer la stabilité, et d’une approche qui place enfin les citoyens au cœur des décisions, loin des manœuvres et des calculs stratégiques.
Merveille Maleya


