Dans un geste qui a fait trembler le marché mondial, la République démocratique du Congo, géant incontesté de la production de cobalt, a décidé de suspendre pour quatre mois toutes ses exportations de ce minerai vital. Cette décision sans précédent vise à stopper net la chute vertigineuse des prix, qui ont été divisés par quatre en trois ans, plongeant l’industrie dans une crise sans fin.
Les experts pointent du doigt une surproduction massive comme principal responsable de cette chute libre des prix. L’augmentation spectaculaire de l’extraction de cobalt dans les mines congolaises, notamment par des géants comme China Molybdenum, a créé un déséquilibre fatal. Les mines de Tenke Fungurume et Kisanfu, situées dans le sud-est du pays, sont devenues des symboles de cette surproduction qui étouffe le marché.
Le cobalt, souvent extrait comme sous-produit du cuivre, a également souffert de la conjonction de cours élevés pour le cuivre, qui ont dopé l’extraction et exacerbé l’excès d’offre. Parallèlement, les fabricants, notamment chinois, se tournent de plus en plus vers des batteries sans cobalt, dites LFP (lithium-fer-phosphate), moins performantes mais plus abordables, ce qui réduit encore la demande et menace l’avenir de l’industrie.
La RDC, classée parmi les quinze pays les moins développés du monde, possède un sous-sol exceptionnellement riche. En 2023, le secteur minier a contribué à 70 % de la croissance économique du pays, mais ce secteur est miné par la contrebande, la corruption et les réseaux criminels, notamment dans les régions minières orientales. Les conflits qui ravagent les régions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ajoutent une couche supplémentaire de complexité à ce tableau déjà sombre.
La production de cobalt, principalement concentrée dans la province du Katanga, est épargnée par ces conflits, mais sa chaîne d’approvisionnement reste vulnérable aux activités criminelles organisées, telles que l’exploitation minière illégale et la contrebande. C’est dans ce contexte explosif que la décision de suspendre les exportations prend tout son sens.
La suspension des exportations pourrait être le catalyseur d’un changement radical. D’une part, elle pourrait inciter les acheteurs à chercher des alternatives, ce qui pourrait nuire à long terme à l’économie congolaise. Mais d’autre part, elle pourrait renforcer la position de la RDC sur le marché en rétablissant un équilibre entre l’offre et la demande, redonnant ainsi du pouvoir à un pays qui détient les clés de l’industrie des batteries électriques.
Les spécialistes restent prudents, mais reconnaissent que cette stratégie audacieuse pourrait être le début d’une nouvelle ère pour le cobalt. La RDC doit maintenant s’attaquer aux problèmes structurels qui affectent son secteur minier pour assurer un avenir durable à ses ressources naturelles. Le monde entier observe avec intérêt cette manœuvre audacieuse, qui pourrait changer le cours de l’histoire du cobalt et redessiner les cartes du marché mondial.
MM


