Ce jeudi, un rapport explosif d’Ebuteli, un institut congolais de recherche sur la gouvernance, et du Groupe d’Étude sur le Congo (GEC) a secoué les fondations de l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo (RDC). En scrutant la législature 2019-2023, ce document met en exergue des manquements graves qui menacent non seulement la transparence, mais aussi l’intégrité même de cette institution vitale pour la démocratie congolaise.
Au cœur des révélations, le fameux « livre bleu », registre censé retracer le parcours des initiatives législatives. Selon le rapport, ce document crucial est non seulement mal tenu, mais également souvent inaccessible. Cette opacité crée un fossé entre les députés et les citoyens, rendant impossible un suivi efficace des débats parlementaires. Résultat ? Une confiance du public en chute libre et une démocratie mise à mal.
Mais ce n’est pas tout. Le rapport dénonce des pratiques de fraude électorale qui feraient frémir n’importe quel observateur. Des députés absents auraient été crédités de votes, créant ainsi une illusion de conformité lors de scrutins décisifs. L’incident le plus marquant ? Le vote du 2 juin 2022 sur la réforme de la loi électorale, où moins de 400 députés étaient présents… mais le résultat officiel affichait 405 votes pour, sans aucune abstention ni opposition. Une manipulation qui soulève de sérieuses questions sur l’intégrité des processus décisionnels.
Le rapport ne s’arrête pas là. Il met également en lumière l’inefficacité des mécanismes censés encadrer le contrôle de l’exécutif. Sur les 177 moyens de contrôle déposés entre 2020 et 2023, seuls 11 ont été examinés. Cette situation laisse entrevoir une Assemblée nationale qui fonctionne davantage comme un écho des décisions exécutives que comme un véritable contre-pouvoir.
Et que dire du train de vie des députés ? Le rapport évoque des avantages financiers opaques qui suscitent indignation et méfiance. De plus, des décisions cruciales sont souvent prises lors de séances à huis clos, échappant ainsi au regard vigilant du public et des médias. Ces pratiques renforcent l’image d’une institution repliée sur elle-même, déconnectée des réalités et attentes démocratiques.
Face à ce tableau alarmant, Ebuteli et le GEC lancent un appel vibrant à l’action. Parmi leurs recommandations figurent l’instauration de systèmes numériques pour une gestion transparente des textes législatifs, l’introduction du vote électronique et une transparence accrue sur les budgets et émoluments des députés. Ces réformes sont présentées comme essentielles pour restaurer la confiance des citoyens et aligner l’Assemblée nationale sur les meilleures pratiques internationales.
Les auteurs du rapport appellent à une mobilisation collective : citoyens, organisations de la société civile et partenaires internationaux doivent se rassembler pour transformer l’Assemblée nationale en une institution véritablement démocratique et responsable. Un défi colossal, mais indispensable pour l’avenir démocratique de la RDC. La question reste : serons-nous à la hauteur ?
M. Maleya


