La question pourrait paraitre étrange, surtout lorsqu’on sait que la RDC est le premier pays de l’espace francophone, si l’on s’en tient à la démographie. Cette situation particulière devrait normalement permettre au pays de Lumumba de jouir de certains privilèges et de jouer un rôle prépondérant au sein de la communauté des pays ayant en commun la langue française. Si l’organisation internationale de la francophonie est avant tout d’ordre culturel, il ne reste pas moins qu’elle peut servir de levier pour agir sur le plan politique. Et c’est là que le problème se pose.
En effet, lors du 29ème sommet de la Francophonie qui s’est tenue les 4 et 5 octobre dernier à Paris en France, le Président français Emmanuel Macron a, lors de son discours devant les chefs d’Etat des pays membres de l’OIF, parmi lesquels Félix Antoine Tshisekedi, et plusieurs délégations gouvernementales, condamné l’agression de la Russie en Ukraine sans pourtant parler de la République Démocratique du Congo, qui autant que l’Ukraine, est victime de l’agression d’un de ses voisins, en l’occurrence le Rwanda. Aussi curieux que cela puisse être, la France est au courant de l’agression dont est victime la RDC, et a souvent été associée dans des efforts visant le rétablissement de la paix dans la région. Pourquoi alors ignorer d’évoquer le cas de la RDC ?
Au sein de l’opinion congolaise, des voix se lèvent pour réclamer le boycott de la Francophonie. Pour beaucoup de Congolais, l’OIF n’est qu’un outil de la politique de la France qui fait partie du complot contre le Congo en ce sens qu’elle est derrière le Rwanda. Dans cette logique, l’on est en droit de se demander à quoi vraiment sert l’OIF si elle ne peut pas faire preuve de solidarité vis-à-vis d’un de ses membres qui est agressé.

Les Congolais se souviennent du dernier passage du Président français à Kinshasa, passage lors duquel il s’était abstenu de condamner le Rwanda, pays agresseur de la RDC, malgré l’insistance des journalistes. Cette attitude du Président français de renvoyer dos-à-dos l’agresseur et l’agressé avait choqué plus d’un Congolais qui était déjà surpris de voir l’OIF être dirigée par le ressortissant d’un pays, en l’occurrence le Rwanda, qui a choisi délibérément de basculer dans le Commonwealth, faisant de l’anglais sa première langue internationale. C’est justement cette politique de « deux poids, deux mesures » qui alimente un sentiment antifrançais, et même antioccidental, au sein de l’opinion africaine, en général, et congolaise, en particulier.
JBK


