La critique de Seth Kikuni contre l’Église du Christ au Congo (ECC) a fait réagir. Selon lui, la déclaration de la 66e session extraordinaire de l’ECC serait une abdication, une absence de courage face au débat constitutionnel. Mais une lecture attentive révèle une autre réalité : l’ECC n’a pas choisi la complaisance, elle a choisi la prudence.
La Constitution de 2006 est née d’un compromis historique, après des années de guerre et de transition. Elle est un pacte républicain, certes fragile, mais fondateur. L’ECC le reconnaît. Elle rappelle aussi que toute constitution humaine est perfectible. Refuser d’en discuter, c’est figer le texte dans une intangibilité qui peut devenir un obstacle à l’évolution démocratique.
Contrairement à ce que soutient Kikuni, l’ECC ne place pas sur le même plan la défense de l’acquis démocratique et la tentation autocratique. Elle sanctuarise l’article 220, véritable verrou constitutionnel qui protège le nombre de mandats présidentiels et la forme républicaine de l’État. Elle insiste sur le respect strict de ces dispositions intangibles tout en rappelant la nécessité d’un dialogue inclusif. Elle ne décide pas, elle éclaire. Dans un pays où chaque parole peut être instrumentalisée, cette neutralité n’est pas une faiblesse : c’est une manière de protéger l’unité nationale.
Kikuni affirme que le peuple n’a pas demandé une réforme constitutionnelle, mais la paix, le pain et la sécurité. C’est vrai. Mais l’ECC ne l’ignore pas : elle inscrit ces urgences dans sa déclaration, en liant gouvernance, stabilité et débat institutionnel. Refuser tout débat constitutionnel au nom de l’urgence sociale reviendrait à nier la possibilité d’améliorer les institutions qui encadrent justement ces priorités.
En appelant à un dialogue national inclusif, l’ECC ne cherche pas à relativiser les positions, mais à éviter une polarisation brutale. Dans un pays marqué par les guerres et les divisions, le consensus est une condition de survie. Loin d’être une abdication, cette démarche est une tentative de construire des ponts sans fragiliser les rives.
Ce que Seth Kikuni interprète comme une abdication est en réalité une posture de responsabilité. L’ECC n’est pas un appareil politique, mais une communauté de foi et de conscience nationale. Sa mission n’est pas de choisir un camp, mais de rappeler que la souveraineté appartient au peuple et que toute réforme doit se faire dans le respect des règles.
Dans un pays marqué par les cicatrices de la guerre et les fractures politiques, l’ECC choisit de ne pas jeter de l’huile sur le feu. Elle refuse d’être l’arme d’un camp contre l’autre. Ce choix n’est pas une faiblesse : c’est une stratégie de survie collective. Car défendre la Constitution ne suffit pas ; il faut aussi défendre la société qui la porte, et cela exige parfois de parler moins fort pour être entendu par tous.
La voix de l’ECC n’est pas celle d’un actor qui tremble, mais celle d’une autorité morale qui rappelle que l’avenir du Congo ne se joue pas dans la brutalité des slogans, mais dans la patience du dialogue. Là où certains veulent opposer, elle cherche à rassembler. Et dans un pays où l’unité est toujours fragile, cette posture n’est pas une abdication : c’est peut-être, au contraire, le dernier rempart contre l’effondrement.
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