Les Églises en Dilemme : Proposition de Dialogue ou Complicité avec l’Agresseur ? (Tribune)

Les Églises en Dilemme : Proposition de Dialogue ou Complicité avec l’Agresseur ? (Tribune)

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Un dialogue illusoire ou une manipulation déguisée ?

La République Démocratique du Congo ne peut se permettre de tomber une fois de plus dans le piège d’un dialogue biaisé, surtout lorsqu’il est initié par ceux qui, sous prétexte de promouvoir la paix, semblent oublier la souffrance du peuple congolais et la nature criminelle des agresseurs. L’appel au dialogue de la part de la CENCO et de l’ECC pourrait, en théorie, sembler une démarche louable. Mais dans les faits, comment peut-on croire à la sincérité de ces acteurs, qui n’ont jamais montré une indignation aussi claire et ferme contre les crimes commis par les forces rwandaises et leurs supplétifs ?
Si ces princes de l’Église étaient véritablement préoccupés par le bien-être du peuple congolais, ils auraient dénoncé avec la même vigueur les massacres, les pillages, les viols et les déplacements forcés de millions de Congolais à cause de l’agression rwandaise. Or, leur attitude semble davantage chercher à pacifier les bourreaux qu’à défendre les victimes. Leur insistance sur le dialogue, sans exiger au préalable la reconnaissance claire et ferme de l’implication rwandaise dans ce conflit, ressemble à une tentative de légitimation de l’oppresseur. Faut-il rappeler que chaque trêve signée avec le Rwanda ou ses alliés armés s’est soldée par une nouvelle trahison, un nouveau massacre, un nouveau recul de la souveraineté congolaise ?
L’histoire nous enseigne que dialoguer avec un agresseur sans rapport de force clair, c’est s’engager sur la voie de la soumission. Le Rwanda ne négocie jamais en position d’égalité : il impose ses conditions, manipule les acteurs locaux et exploite la naïveté des partisans d’une paix sans justice. Accepter un dialogue sans conditions fermes revient à offrir sur un plateau d’argent une victoire politique et diplomatique à un régime qui n’a cessé de mépriser la souveraineté de la RDC.
Au lieu d’appeler à la résistance et à la mobilisation populaire contre cette agression, ces leaders religieux préfèrent détourner le regard et imposer un faux débat sur la nécessité de dialoguer. Mais en quoi sont-ils plus soucieux du bien-être du peuple congolais que ceux qui appellent à la défense active du territoire national ? Sont-ils prêts à assumer la responsabilité d’un nouvel échec si ce dialogue venait, comme tant d’autres, à trahir une fois de plus le peuple congolais ?
Le moment est venu d’ouvrir les yeux. Ce n’est pas en tendant la main à l’ennemi que la RDC retrouvera sa souveraineté, mais en affirmant clairement son refus de l’humiliation et en engageant toutes les forces vives du pays dans la défense de ses intérêts vitaux. L’histoire retiendra ceux qui auront préféré temporiser et prêcher la soumission plutôt que de défendre leur patrie avec courage et détermination.

La sous-estimation des enjeux géopolitiques : une erreur stratégique
La première faille dans l’appel au dialogue de certains leaders religieux réside dans la dangereuse sous-estimation des enjeux géopolitiques qui minent la stabilité de la RDC. Depuis plus de trois décennies, les ingérences du Rwanda dans les affaires congolaises ne sont plus un secret : elles s’inscrivent dans une stratégie expansionniste et prédatrice visant à affaiblir la souveraineté congolaise. Des rapports accablants, y compris ceux des Nations Unies, ont documenté l’implication directe du Rwanda dans le soutien aux groupes armés qui terrorisent les populations civiles congolaises, pillent les ressources naturelles et sapent les institutions de l’État (Reyntjens, 2013 ; UN Group of Experts, 2022).

Dans un tel contexte, appeler à un dialogue sans dénoncer clairement l’agresseur relève d’une irresponsabilité stratégique. Il ne s’agit pas ici d’un simple différend politique interne ou d’un malentendu diplomatique qui pourrait être réglé autour d’une table de négociation. Il s’agit d’une guerre d’agression, d’un plan de déstabilisation savamment orchestré, qui a causé la mort de millions de Congolais depuis la fin des années 1990. Feindre l’ignorance sur cette réalité, ou adopter une posture de neutralité sous prétexte d’un dialogue inclusif, revient à trahir la mémoire des victimes et à offrir une tribune à ceux qui souhaitent perpétuer la domination du Congo par la violence et le chaos.

Le piège d’un dialogue biaisé : légitimer l’oppresseur et affaiblir la RDC

Un dialogue mené dans de telles conditions ne peut être qu’un marché de dupes où le bourreau et la victime sont placés sur un pied d’égalité. Un tel procédé tend à blanchir l’agresseur en lui accordant une reconnaissance imméritée tout en diluant la responsabilité des crimes commis. L’histoire des négociations passées en RDC a déjà montré que ces dialogues, souvent imposés sous pression internationale, n’ont jamais permis d’obtenir une paix durable. À plusieurs reprises, des accords ont été signés avec des groupes armés soutenus par Kigali, pour être ensuite bafoués et utilisés comme tremplin pour de nouvelles offensives. L’exemple du M23, qui, après avoir été officiellement défait en 2013, a refait surface avec encore plus de vigueur en 2022, en est une preuve éclatante .
Accepter de dialoguer sans poser de conditions fermes, c’est renforcer l’impunité et légitimer un acteur qui ne cherche qu’à affaiblir la RDC. Les précédents montrent que chaque fois que le Rwanda a été convié à la table des négociations, il en a profité pour gagner du temps, réarmer ses milices et renforcer son influence dans l’est du pays. Comment alors croire que cette fois-ci serait différente ? Les dirigeants congolais doivent se méfier des illusions d’une paix obtenue par la simple bonne volonté des bourreaux, car ces derniers ont prouvé à maintes reprises qu’ils ne respectent que le rapport de force.

Une tentative de diversion et un jeu dangereux contre la souveraineté congolaise

Par ailleurs, il est légitime de s’interroger sur le timing et les véritables intentions de ces appels au dialogue. Loin d’être une démarche innocente, cette initiative peut être perçue comme une tentative de détourner l’attention du véritable problème – l’agression rwandaise – pour la rediriger vers une critique systématique de la gouvernance actuelle. Accuser le président Félix Antoine Tshisekedi d’être un obstacle à la paix, tout en minimisant l’ampleur des exactions rwandaises, relève d’une stratégie bien connue : celle de l’inversion des responsabilités. Cette rhétorique vise à affaiblir la position de la RDC sur la scène diplomatique en la présentant comme une partie intransigeante, alors même qu’elle subit une guerre injuste et destructrice.
Loin d’être un simple débat de politique intérieure, cette question touche à la survie même de la nation congolaise. En évitant de nommer l’ennemi et en se réfugiant derrière une posture de neutralité, ces leaders religieux ne font que renforcer le flou diplomatique qui empêche la RDC d’obtenir un soutien international fort et décisif. L’histoire des conflits montre que les nations qui refusent de se défendre fermement finissent toujours par être démembrées ou mises sous tutelle. La RDC ne peut se permettre de tomber dans ce piège.
La priorité : une résistance nationale et une diplomatie offensive
La véritable réponse à cette crise ne réside pas dans des négociations biaisées mais dans une stratégie globale de résistance et de mobilisation nationale. L’État congolais doit renforcer ses capacités militaires, sécuritaires et diplomatiques pour contrer l’influence des forces étrangères qui cherchent à le fragiliser. De plus, la société civile et l’ensemble du peuple congolais doivent comprendre que l’ennemi ne se combat pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi dans la sphère idéologique et médiatique. Il est crucial de déconstruire les discours trompeurs qui présentent la RDC comme responsable de son propre malheur et qui cherchent à normaliser l’inacceptable.
La paix véritable ne se négocie pas sous la menace et la manipulation, elle se conquiert par la détermination d’un peuple à défendre son territoire et sa dignité. Le moment est venu pour les Congolais de rejeter toute tentative de dialogue qui ne reconnaît pas la réalité de l’agression qu’ils subissent et d’exiger des actions concrètes pour mettre un terme à cette guerre imposée. La souveraineté de la RDC ne peut être négociée ; elle doit être défendue avec fermeté et conviction.
L’urgence d’une mobilisation nationale contre l’ingérence étrangère
Le contexte actuel en République Démocratique du Congo impose une réponse ferme et immédiate face à l’agression dont le pays est victime. L’histoire des grandes luttes pour la souveraineté démontre que lorsqu’un peuple est attaqué, sa survie dépend de sa capacité à se mobiliser et à résister collectivement. Depuis plus de deux décennies, la RDC fait face à une ingérence persistante de la part de ses voisins, notamment le Rwanda, qui soutient activement des groupes armés dans l’Est du pays. Ces agressions, loin d’être de simples conflits régionaux, s’inscrivent dans un projet plus vaste de déstabilisation visant à piller les ressources congolaises et à affaiblir durablement l’État (Braeckman, 1999).
Face à cette réalité, l’indignation populaire ne suffit plus : elle doit se transformer en une mobilisation structurée et déterminée. Les Congolais, en particulier la jeunesse, doivent comprendre que leur avenir est en jeu et qu’il leur revient de se dresser contre cette oppression systématique. À l’instar des peuples qui ont su faire face à l’envahisseur dans l’histoire – comme la France durant la Seconde Guerre mondiale face à l’occupation nazie –, la RDC doit unir ses forces pour contrer cette menace existentielle. L’ennemi qui opère sous couvert de milices et d’infiltrations économiques ne peut être combattu efficacement que par une conscience nationale forte et une solidarité inébranlable.
Contrer les discours trompeurs et imposer la vérité historique
Une des armes les plus puissantes dans cette guerre d’agression est la manipulation de l’information. Depuis des années, des puissances étrangères, avec la complicité de certains médias internationaux, cherchent à dépeindre la situation en RDC comme un simple conflit interne, dissimulant ainsi la réalité de l’agression rwandaise. Cette stratégie vise à banaliser l’ingérence étrangère et à imposer un récit biaisé où la RDC apparaît comme incapable de gérer ses propres affaires.
Les Congolais doivent refuser cette narration mensongère et imposer la vérité des faits : le Rwanda ne cesse d’envahir le territoire congolais sous divers prétextes, en finançant des groupes armés comme le M23 et en exploitant illégalement les richesses minières du pays. Accepter un dialogue sans poser comme préalable la reconnaissance de cette agression, c’est offrir une victoire à ceux qui cherchent à effacer la vérité. Chaque Congolais doit s’élever contre cette désinformation et œuvrer pour que la communauté internationale prenne conscience de la réalité de la guerre menée contre la RDC.

Un appel à la résistance et à la défense de l’intégrité territoriale

Au lieu d’appeler à une réconciliation artificielle qui ne ferait que retarder l’inévitable, les leaders religieux et politiques devraient inciter la population à se préparer à défendre la nation. La résistance ne signifie pas seulement une réponse militaire ; elle passe aussi par une organisation sociale et politique efficace. Il est essentiel que la société civile, les intellectuels, les artistes et la jeunesse s’impliquent activement dans cette lutte, en dénonçant les ingérences étrangères, en exigeant des actions concrètes du gouvernement et en soutenant les forces armées congolaises qui défendent le territoire au prix de leur vie.
Cette mobilisation doit également s’étendre sur le plan diplomatique. La RDC doit exiger que les organisations internationales cessent d’adopter une posture complaisante envers le Rwanda et ses alliés. Trop souvent, la communauté internationale privilégie une stabilité de façade au détriment de la justice et de la souveraineté des peuples. La RDC doit utiliser toutes les tribunes possibles pour dénoncer cette hypocrisie et exiger des sanctions contre les agresseurs.

L’heure est venue de revendiquer notre souveraineté

Les appels au dialogue, tels qu’ils sont formulés aujourd’hui, risquent de détourner l’attention du véritable enjeu : la survie de la RDC en tant qu’État souverain. Ce discours doit évoluer et se transformer en un appel à l’action. Il ne s’agit pas de rejeter toute idée de négociation, mais d’exiger que celle-ci se fasse en position de force et avec des exigences claires, notamment la fin des ingérences rwandaises, le démantèlement des groupes armés soutenus par l’étranger et la reconnaissance officielle des crimes commis contre le peuple congolais.
Une paix véritable et durable ne peut émerger que d’une nation consciente de sa valeur, résolue à se battre pour ses droits et à défendre son intégrité. La RDC ne pourra être respectée sur la scène internationale que si elle se montre intransigeante face à ceux qui tentent de la soumettre. Chaque Congolais a un rôle à jouer dans cette lutte : refuser la soumission, exiger la vérité et s’engager activement dans la défense du pays.
L’histoire retiendra que la RDC ne s’est pas laissé faire, que son peuple s’est levé pour exiger justice et dignité. Il est temps de cesser d’être spectateur de notre propre destin et de prendre notre avenir en main. La souveraineté ne se négocie pas, elle se défend.

Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza

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