À la tête de la Société Minière de Kilo-Moto (SOKIMO SA) entre août 2022 et février 2026, Pistis Bonongo Tokole a mené une série de réformes qui ont permis de sortir l’entreprise publique aurifère de l’asphyxie. Mais derrière les avancées, se dessine une réalité plus complexe : une société en transition, encore dépendante de financements extérieurs et confrontée à la nécessité de transformer des symboles en production durable.
Lorsque Tokole prend ses fonctions, la SOKIMO est l’illustration des dérives structurelles des entreprises publiques congolaises :
- Production arrêtée depuis plusieurs années.
- Arriérés sociaux abyssaux (118 mois de salaires impayés).
- Patrimoine minier menacé, avec des permis déclarés déchus.
- Finances hypothéquées, jusqu’à l’immeuble de Kinshasa saisi par une banque.
Ce contexte initial éclaire la portée des réformes engagées : il ne s’agissait pas de croissance, mais de survie.
La restitution de dix permis miniers n’est pas seulement une victoire administrative. Elle révèle la fragilité de la gouvernance minière congolaise, où les entreprises publiques risquent de perdre leurs concessions faute de paiement des droits. Tokole a ainsi rétabli une légitimité patrimoniale, condition préalable à toute relance.
La coulée d’un premier lingot d’or issu des rejets miniers a marqué les esprits. Mais au-delà du symbole, la question demeure : la SOKIMO peut-elle redevenir un producteur industriel d’or, ou restera-t-elle cantonnée à des opérations de survie ? Les investissements réalisés (usine de Tarada, laboratoire de Nizi, engins miniers) posent les bases, mais ne suffisent pas encore à une relance industrielle à grande échelle.
Le règlement de 17 mois d’arriérés entre 2022 et 2024 a brisé la spirale de la dette sociale. Mais face aux 118 mois accumulés, l’effort reste limité. Les mesures d’accompagnement (vivres, soins, aides scolaires) traduisent une volonté de réhumaniser la relation avec les agents. Pourtant, la fracture sociale demeure : la confiance des travailleurs ne se reconstruit pas en trois ans.
Assainissement financier : lever les hypothèques, pas les dépendances
Le paiement de 1,45 million USD à First International Bank et la levée de l’hypothèque sur l’immeuble de Kinshasa illustrent une volonté d’assainir. Mais la question centrale reste celle de la dépendance aux partenaires privés et aux financements externes. La renégociation avec Southern Energy, qui augmente la part de la SOKIMO et garantit une capacité énergétique, est un pas vers une meilleure position, mais confirme aussi que la société ne peut avancer seule.
L’adoption du SYSCOHADA révisé, l’informatisation de la gestion et la mise en place de la visioconférence marquent une rupture avec des pratiques archaïques. Ces réformes administratives, souvent invisibles, sont pourtant essentielles : elles conditionnent la transparence, la crédibilité et la capacité de l’entreprise à attirer des partenaires.
La tenue d’une assemblée générale, la certification des états financiers et l’organisation d’élections syndicales après onze ans de vacance replacent la SOKIMO dans une dynamique institutionnelle normale. Ces gestes, souvent négligés, sont pourtant fondamentaux : ils réinscrivent l’entreprise dans un cadre de légitimité et de gouvernance.
Le mandat de Pistis Bonongo à la tête de la SOKIMO apparaît comme une étape charnière dans l’histoire récente de cette entreprise publique. En trois ans, il n’a pas seulement redressé une société au bord de l’effondrement ; il a rétabli des fondations juridiques, sociales et financières sans lesquelles aucune relance n’aurait été possible. La sécurisation des permis miniers, la reprise symbolique de la production aurifère, l’apurement partiel des dettes sociales et financières, ainsi que la modernisation administrative constituent des acquis tangibles qui replacent la SOKIMO dans une dynamique de reconstruction.
Certes, les défis restent immenses : financement, industrialisation et transformation durable des symboles en production réelle. Mais l’essentiel est là : Pistis Tokole a démontré qu’une entreprise publique, même exsangue, peut retrouver crédibilité et légitimité par une gestion rigoureuse et une vision de long terme. Son action s’inscrit ainsi comme une transition nécessaire, qui ouvre la voie à une renaissance progressive de la SOKIMO et redonne aux agents, aux partenaires et à l’État congolais une perspective de confiance.
En ce sens, son bilan ne se limite pas à des chiffres ou à des réformes techniques : il incarne la possibilité d’un redressement institutionnel dans un secteur minier souvent perçu comme condamné aux dérives. Pistis Tokole aura donc marqué son passage par une conviction forte : la SOKIMO peut redevenir un acteur stratégique, à condition que l’État poursuive et amplifie les jalons qu’il a posés.
JBK


