Création du TPEF : Pour Me Carlos Ngwapitshi, l’humain doit primer sur la structure

Création du TPEF : Pour Me Carlos Ngwapitshi, l’humain doit primer sur la structure

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La République démocratique du Congo est confrontée depuis des décennies à une criminalité économique endémique. Détournements de fonds publics, corruption et blanchiment d’argent fragilisent l’État et alimentent un sentiment d’impunité. Pourtant, le code pénal congolais prévoit des sanctions sévères : vingt ans de travaux forcés, confiscation spéciale des biens et restitution des fonds.
‎Dans une réflexion récente, Maître Carlos Ngwapitshi souligne les limites de ce dispositif. « Le condamné purge sa peine, mais à sa sortie, les millions dissipés ne sont pas restitués », explique-t-il, dénonçant des procès spectaculaires qui ne rétablissent jamais l’État dans ses droits.
‎Il pointe notamment :
‎- l’absence de mécanismes de contrainte pour récupérer les fonds détournés ;
‎- la confiscation limitée aux biens inscrits au nom du condamné ;
‎- la corruption judiciaire qui réduit les peines en appel.
‎C’est dans ce contexte que le président Félix Tshisekedi a récemment promulgué la loi portant création, organisation et fonctionnement du Tribunal pénal économique et financier, ainsi que du parquet général rattaché à cette juridiction. Porté par l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba, ce texte dote désormais la RDC d’un instrument judiciaire spécialisé dans la lutte contre la criminalité économique et financière.

‎Cette innovation institutionnelle est saluée comme une avancée majeure. Mais son efficacité dépendra de conditions strictes :
‎- garantir l’expertise et l’intégrité des animateurs du tribunal ;
‎- assurer une rémunération conséquente et des primes indexées sur les fonds récupérés ;
‎- offrir une sécurité renforcée aux dirigeants de cette juridiction.
‎Pour Maître Ngwapitshi, la création de ce tribunal doit s’accompagner d’un arsenal plus robuste : médiation pénale, confiscation générale des biens, peine de perpétuité et imprescriptibilité des crimes économiques. Le prévenu poursuivi pour détournement ou blanchiment devrait avoir un choix clair : restituer les fonds dissipés ou subir la prison à vie et la confiscation totale des biens acquis illicitement.

‎La signature par le président Félix Tshisekedi de la loi instituant le Tribunal pénal économique et financier marque indéniablement une avancée institutionnelle dans la lutte contre la criminalité en col blanc en RDC. Mais l’histoire récente du pays rappelle que la création d’une juridiction, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffit pas à elle seule à briser le cercle vicieux de l’impunité.
‎Comme le souligne Maître Carlos Ngwapishi, l’efficacité de ce tribunal dépendra moins de son existence formelle que de la qualité de son capital humain : des magistrats intègres, compétents et protégés, dotés de moyens financiers et sécuritaires à la hauteur des enjeux. Sans cette rigueur, la nouvelle juridiction risque de se transformer en un théâtre judiciaire supplémentaire, où les procès spectaculaires ne débouchent sur aucune restitution réelle des fonds détournés.

‎La RDC se trouve donc à un tournant : soit ce tribunal devient un instrument de réparation et de dissuasion, capable de contraindre les élites prédatrices à restituer ou à perdre tout, soit il rejoindra la longue liste des institutions paralysées par la corruption et l’absence de volonté politique. L’avenir de cette réforme dépendra de la capacité de l’État à faire primer la justice sur les intérêts particuliers, et à transformer la lutte contre la criminalité économique en un véritable levier de crédibilité et de confiance citoyenne.

JBK

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