« Je ne connais personne à l’Union Sacrée qui a défendu le président Tshisekedi comme moi pendant 4 ans. Mais pourquoi pendant ces 4 ans, les autres sont nommés chaque jour et pas moi ? Est-ce que je ne suis pas intelligent ? »
Cette déclaration de Mfumu Ntoto, président du parti Idéal des Patriotes, n’est pas anodine. Elle n’est pas seulement le cri d’un homme politique frustré. Elle est le reflet d’un système politique où la loyauté n’est plus un engagement moral ou idéologique, mais un investissement qui attend un retour. Dans la République démocratique du Congo d’aujourd’hui, défendre un chef d’État semble devoir se solder par une nomination. À défaut, c’est l’humiliation.
Depuis l’avènement de l’Union Sacrée, la scène politique congolaise s’est transformée en un vaste marché de positionnements. Les partis se rallient, les figures politiques se bousculent pour afficher leur soutien au président, non pas toujours par conviction, mais souvent dans l’espoir d’une contrepartie : un ministère, une direction générale, une ambassade.
Dans ce contexte, la déclaration de Mfumu Ntoto est révélatrice. Elle dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : dans la politique congolaise actuelle, défendre le pouvoir est perçu comme un contrat tacite, dont la clause principale est la nomination. L’absence de récompense devient alors une anomalie, voire une injustice.
Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est accentué avec la montée du clientélisme comme mode de gouvernance. La compétence, la vision, l’éthique sont reléguées au second plan. Ce qui compte, c’est la capacité à se montrer loyal, bruyant, visible. Et surtout, à faire allégeance.
Cette logique perverse produit une classe politique obsédée par les postes, et non par les idées. Une classe qui confond service public et ascension personnelle. Une classe qui, au lieu de construire des projets de société, construit des réseaux d’influence.
« Est-ce que je ne suis pas intelligent ? » : une question qui dérange
La question posée par Mfumu Ntoto est à la fois personnelle et collective. Elle traduit une blessure d’ego, certes, mais aussi une interrogation sur les critères de reconnaissance dans notre système politique. Être intelligent, compétent, engagé, ne suffit plus. Il faut plaire, intriguer, appartenir au bon cercle.
C’est cette logique qui vide la politique de son sens. Elle décourage les vocations sincères, alimente le cynisme des citoyens, et affaiblit les institutions. Car un État dirigé par des récompensés plutôt que par des méritants est un État fragile.
Plutôt que de tourner en dérision la sortie de Mfumu Ntoto, il faut y voir un révélateur. Elle met en lumière une dérive systémique : la transformation de la loyauté politique en facture à honorer. Et tant que cette logique prévaudra, la politique congolaise restera prisonnière d’un cycle de frustrations, de trahisons, et de recompositions sans fin.
Il est temps de repenser les fondements de notre vie publique. De remettre le mérite, la compétence et l’éthique au cœur du jeu politique. Et de rappeler que défendre un président ne devrait pas être un acte intéressé, mais un choix de conviction — sans garantie de récompense.
Merveille Maleya


