Depuis novembre, les eaux de la République démocratique du Congo se referment sur des dizaines de vies. Mbandaka, Mai-Ndombe, Kasaï, Kinshasa, Ituri, Lulonga… En trois mois, au moins six naufrages majeurs ont endeuillé le pays. Des familles entières décimées. Des corps engloutis. Des cris étouffés par le silence des institutions.
Chaque drame suit le même scénario : une embarcation vétuste, surchargée, sans gilets de sauvetage, naviguant de nuit sur des eaux capricieuses. Et chaque fois, la même impuissance. La même absence de réponse structurelle. La même répétition tragique.
Le transport fluvial est vital en RDC. Il relie des territoires enclavés, alimente les marchés, transporte les espoirs. Mais il est devenu un piège mortel. Non pas à cause du fleuve, mais à cause de l’abandon. Car ces naufrages ne sont pas des accidents. Ce sont les symptômes d’un système à l’abandon, où la sécurité est reléguée au rang de luxe inaccessible.
Les embarcations naviguent sans contrôle, les passagers embarquent sans assurance, les autorités observent sans agir. Et pendant ce temps, les cercueils flottants poursuivent leur route.
Face à cette série noire, une question s’impose : qui répond ? Qui assume la responsabilité de ces morts évitables ? Qui rend des comptes aux familles endeuillées ? Qui, au sein du ministère des Transports, prend la mesure de l’urgence ?
Le silence du ministre devient assourdissant. L’absence de plan d’action, d’audit national, de sanctions visibles, interroge. Peut-on encore parler de gouvernance quand les mêmes causes produisent les mêmes effets, dans une boucle d’indifférence institutionnelle ?
Il ne suffit plus de compatir. Il faut agir. Et vite. Car chaque jour sans réforme est un jour de trop. Chaque traversée sans contrôle est une roulette russe. Chaque naufrage est une défaite de l’État.
Le peuple congolais attend :
– Un recensement rigoureux des embarcations en circulation.
– L’interdiction immédiate des pirogues non homologuées.
– Des patrouilles fluviales régulières, notamment sur les axes critiques.
– Une campagne nationale de sensibilisation à la sécurité fluviale.
– Un fonds d’urgence pour équiper les embarcations en gilets de sauvetage.
L’eau n’est pas coupable. L’inaction, si.
Il est temps de sortir de l’oubli. De rompre avec la banalisation de la mort. De replacer la vie humaine au cœur des priorités publiques. Car un État qui laisse ses citoyens mourir noyés sans réagir n’est pas seulement défaillant. Il est complice.
Monsieur le Ministre, l’heure n’est plus aux promesses. Elle est à la responsabilité. Et à l’action.
Merveille Maleya


