Dans un climat politique tendu, marqué par une recrudescence des tensions sécuritaires à l’Est et une volonté présidentielle de resserrer les rangs, la récente prise de parole de Muhindo Nzangi, ministre d’État en charge de l’Agriculture, a suscité une onde de choc. S’exprimant publiquement sur des questions de défense, quelques jours seulement après un rappel à l’ordre du chef de l’État, le ministre a ravivé un débat sensible : jusqu’où va la liberté de ton au sein d’un exécutif confronté à l’urgence de l’unité ?
Le 2 janvier, le président Félix Tshisekedi avait appelé à une discipline stricte dans la communication gouvernementale, en particulier sur les sujets liés à la sécurité nationale. « Aucun responsable ne doit s’exprimer sans coordination préalable », avait-il martelé, dans un contexte où les discours non maîtrisés peuvent alimenter la désinformation ou fragiliser les efforts diplomatiques.
Trois jours plus tard, Muhindo Nzangi, invité sur un plateau télévisé, évoque les failles de l’appareil sécuritaire, les lenteurs dans la réponse militaire à l’Est, et les attentes d’une population en quête de protection. Sans attaque frontale, ni remise en cause explicite de la hiérarchie, ses propos n’en ont pas moins été perçus comme une entorse à la ligne de silence imposée.
Loin d’un simple incident de communication, cette sortie soulève des interrogations plus profondes sur l’équilibre entre loyauté institutionnelle et devoir de vérité.
– Un acte isolé ou un signal politique ? Certains y voient une initiative personnelle, fidèle au style direct de Nzangi, souvent salué pour sa franchise. D’autres y lisent un positionnement stratégique, voire une volonté de se démarquer dans un paysage politique en recomposition.
– Un malaise au sein de l’exécutif ? La parole du ministre, même mesurée, pourrait traduire une frustration partagée par d’autres membres du gouvernement, confrontés à une centralisation croissante de la communication et à une gestion verticale des crises.
– Une faille dans la gouvernance ? L’épisode révèle aussi l’absence d’un cadre clair pour encadrer les prises de parole sensibles. En l’absence de porte-parole unique ou de cellule de crise opérationnelle, chaque voix peut devenir dissonante — ou instrumentalisée.
Le dilemme est ancien : trop de liberté fragilise la cohésion ; trop de contrôle étouffe les alertes. Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs, la vérité ne peut être sacrifiée sur l’autel de la discipline — mais elle ne peut non plus se construire dans la cacophonie.
L’affaire Nzangi pourrait bien servir de catalyseur. Elle rappelle l’urgence de repenser les mécanismes de communication gouvernementale, d’instaurer des espaces de débat internes, et de clarifier les rôles dans la gestion de la parole publique. Car dans une démocratie en construction, la force d’un État ne réside pas seulement dans l’unité de façade, mais dans sa capacité à entendre les voix qui dérangent sans les réduire au silence.
Merveille Maleya


