Processus de paix en RDC: Quand le tweet effacé d’un ministre burundais dit tout

Processus de paix en RDC: Quand le tweet effacé d’un ministre burundais dit tout

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Le tweet n’aura vécu que quelques heures. Mais son écho, lui, continue de résonner dans les chancelleries africaines. Le 3 janvier, Édouard Bizimana, ministre burundais des Affaires étrangères, publiait un message accusant le Qatar d’user de son influence pour empêcher les États-Unis de sanctionner le Rwanda, pourtant accusé de soutenir activement la rébellion du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. Supprimé dans la foulée, le tweet a été désavoué par la présidence burundaise. Mais il a mis au jour une vérité que beaucoup taisent : le processus de paix est miné par des intérêts géopolitiques qui fragilisent la position de la RDC et compromettent toute perspective de sortie de crise.

Depuis la signature des accords de Doha en juin 2025, puis de Washington en décembre, le Qatar s’est imposé comme l’un des principaux facilitateurs du dialogue entre Kinshasa et l’AFC/M23. Officiellement neutre, l’émirat du Golfe se présente comme un acteur de paix, soucieux de stabiliser la région. Mais cette posture est de plus en plus contestée.

Le Qatar est en effet l’un des plus importants investisseurs étrangers au Rwanda. Son fonds souverain, le Qatar Investment Authority (QIA), détient des parts dans RwandAir, finance des infrastructures hôtelières et a injecté des capitaux dans des projets stratégiques à Kigali. Sur le plan militaire, la coopération entre les deux pays est tout aussi étroite : des officiers rwandais sont formés au Qatar, et des accords de défense ont été signés ces dernières années.

Dès lors, une question s’impose : comment un acteur aussi lié à l’un des protagonistes du conflit peut-il prétendre à la neutralité ? Le tweet du ministre burundais, bien qu’effacé, a mis le doigt sur cette contradiction fondamentale.

Sur le terrain, les faits parlent d’eux-mêmes. Depuis la signature des accords, aucune désescalade n’a été observée. Les combats se poursuivent dans l’Est, et les populations civiles continuent de fuir. Kinshasa, de son côté, a suspendu plusieurs opérations offensives, misant sur la voie diplomatique. En retour, elle n’a obtenu ni retrait du M23, ni mécanisme de vérification crédible, ni condamnation claire du Rwanda.

La communauté internationale, elle, reste prudente. Les États-Unis, bien qu’impliqués dans les négociations, n’ont pris aucune mesure coercitive contre Kigali. Le Qatar, quant à lui, maintient un discours de paix, tout en évitant soigneusement de nommer les responsabilités. Ce silence, pour Kinshasa, équivaut à une forme de complicité passive.

Le tweet du ministre burundais, loin d’être une simple maladresse, a révélé une faille structurelle dans le processus de paix : l’absence de neutralité de certains médiateurs, et la prévalence des intérêts économiques sur les principes de justice. Si la communauté internationale veut réellement contribuer à la paix dans l’est de la RDC, elle doit commencer par clarifier les rôles, assainir les alliances, et remettre les victimes au centre du jeu diplomatique.

Car sans vérité, sans cohérence, sans courage politique, la paix restera un mirage — et les populations congo

Merveille Maleya

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