L’ouverture de la session budgétaire à l’Assemblée nationale n’a pas débuté par le débat sur les finances publiques, mais par une séquence politique inattendue. Vital Kamerhe, président de la chambre basse, s’est retrouvé sous le feu d’une pétition de déchéance signée par plus de 240 députés. Les accusations sont lourdes : gestion unilatérale, blocage du contrôle parlementaire, vote précipité des lois, et soupçons de proximité avec l’AFC/M23. Mais derrière les griefs techniques, c’est une crise de légitimité qui s’installe, révélant les fractures internes de la majorité présidentielle.
Plutôt que de contre-attaquer, Kamerhe a choisi une posture inhabituelle dans le paysage politique congolais : celle du pardon. Devant les députés réunis à huis clos, il a reconnu les blessures, exprimé ses regrets et appelé à l’unité. Un geste rare, qui divise autant qu’il intrigue.
> « Si mes paroles ou mes actes ont pu blesser, je vous présente mes regrets sincères.
La scène aurait pu passer inaperçue si elle ne portait en elle une ironie mordante. Hier encore, Vital Kamerhe raillait Constant Mutamba pour avoir sollicité le pardon des députés dans l’affaire de Kisangani. Aujourd’hui, acculé, c’est à son tour de s’humilier devant la même Assemblée. Ce retournement révèle une vérité universelle : nul n’est à l’abri du sort qu’il a réservé aux autres.
Ce qui était perçu comme une faiblesse devient soudain une nécessité. Leçon d’humilité ou calcul politique ? Le temps reste le juge suprême, rappelant à chacun que l’orgueil finit toujours par plier. Cette séquence expose les fragilités du pouvoir et la brutalité des retournements parlementaires.
La crise dépasse la personne de Kamerhe. Elle révèle les tensions internes de l’Union sacrée, les rivalités entre composantes, et l’usure d’une coalition construite sur des équilibres précaires. L’UDPS elle-même, pourtant pilier de la majorité, semble hésiter entre loyauté et rupture. Le président Tshisekedi, en position d’arbitre, est désormais contraint de trancher entre la stabilité parlementaire et la pression populaire.
La session budgétaire, censée porter les priorités nationales — sécurité, développement, justice sociale — risque d’être éclipsée par cette bataille d’influence. Si Kamerhe parvient à transformer la défiance en dialogue, il pourrait réaffirmer son rôle de pacificateur. Mais si les pétitions aboutissent, c’est toute l’architecture de la majorité qui vacille.
En convoquant son passé de résistant politique — notamment sa démission en 2007 pour avoir contesté les opérations militaires conjointes avec le Rwanda — Kamerhe tente de réactiver une mémoire civique et de se repositionner comme figure de loyauté républicaine. Mais cette narration, bien que maîtrisée, ne suffit pas à effacer les interrogations sur sa gouvernance actuelle.
Le pardon devient ici un outil politique, un pari risqué sur la capacité des institutions à absorber les tensions sans imploser. Kamerhe ne joue pas seulement sa survie : il incarne, malgré lui, une crise plus large — celle de la gouvernance parlementaire en RDC.
La session de septembre 2025 ne sera pas seulement budgétaire. Elle sera mémorielle, stratégique et révélatrice. Kamerhe, en appelant au pardon, tente de désamorcer une crise qui dépasse sa personne. Mais dans une Assemblée où les rancunes sont tenaces et les ambitions féroces, le chemin vers la stabilité s’annonce escarpé. La République, elle, observe — en quête d’un souffle nouveau.
Merveille Maleya


